Frankenstein chez Casterman
En adaptant magistralement l’œuvre de Mary Shelley, David Sala ne se contente pas de lui donner une sublime interprétation graphique. S’il a choisi ce roman parmi tout ce que compte de chefs-d’œuvre la littérature, c’est qu’il y trouve une résonance particulière avec des thématiques qui lui sont chères : l’acceptation de la différence, la peur de l’inconnu, les violences faites aux minorités, la vindicte populaire… autant de sujets déjà abordés dans ses précédents albums, qu’il met ici en exergue pour faire de ce Frankenstein son album sans doute le plus personnel. Frankenstein est une œuvre terriblement moderne, qui fait directement écho aux grands défis actuels de nos sociétés. À lire et faire lire impérativement !
Pour ceux du fond qui ne connaissent pas encore Frankenstein. (Vraiment ?)
C’est l’histoire d’un type, il s’appelle Victor et il est passionné, voir un peu fou, de science. Son rêve ? Créer la vie, en capter l’essence. Carrément, le gars se prend pour Dieu. Il y arrive en plus ! Il assemble quelques morceaux de cadavres pris par ci par là, en toute légalité (hum) et à l’aide de la science et d’une dose de folie, il donne vie à sa fameuse créature.
Problème, notre bon Victor, il se rend compte qu’il a peut-être un peu abusé. La science c’est cool mais bon, y a des limites. Dégouté, pris de panique en voyant son œuvre, il s’enfuit et laisse à l’abandon son chef d’œuvre, la fameuse créature de Frankenstein. Super premier contact avec le Daron quand même.
Et c’est pas mieux par la suite, puisque notre pauvre créature ne va connaître que le rejet, le dégoût et la peur (De quoi bien s’insérer en société) de par son apparence monstrueuse. Forcément, à force de la pointer du doigt, ce qui n’est pas très beau, elle finit par craquer et s’en prendre aux humains, tout particulièrement à notre cher Victor (Faudrait pas l’oublier.).
Bref, ça c’est Frankenstein, grosso modo.
Ici David Salla reprend le récit culte de Mary Shelley en lui donnant une dimension moderne. Une sublime interprétation graphique qui ne sera pas sans rappeler les œuvres de maîtres impressionnistes et d’arts nouveaux.
C’est fort, c’est puissant, c’est percutant. Chaque case est un tableau et en naviguant entre les milles couleurs de ces derniers, on prend conscience de l’ampleur des ténèbres qui entourent l’œuvre originale.
Frankenstein, ça parle de thèmes forts comme l’éducation, la peur, le rejet des autres, la quête de connaissance. Pour citer Balzac : “Vouloir nous brûle et pouvoir nous détruit.”
Que ce soit par ses sujets ou son travail d’illustration, cette BD ne vous laissera en aucun cas indifférent.
-Romain, a.k.a, le libraire à la casquette.
